Bemkayondo YAMEOGO : J’ai été vendue à 4 millions »

 

 

Bemkayondo YAMEOGO est une jeune femme de 37 ans. Cette mère de deux enfants, a pensé trouver mieux au Liban où on lui a promis un mieux- être. C’est tout au contraire un enfer qu’elle a vécu au pays du Cèdre. Son témoignage « émouvant » nous à incité à nous engager dans cette enquête pour percer le mystère de ces gens qui font miroiter l’eldorado à nos sœurs tout en sachant qu’ils leurs préparent l’enfer. Elle nous parle dans son interview de son aventure et surtout de comment elle s’est battue pour revenir au pays. Visiblement, cette expérience lui a donné des ailes et son souhait est d’aider à mettre fin à un trafic indécent qui avilit la femme. Lisez plutôt !

 

Que faites vous dans la vie ?

J’étais commerçante de pagnes Bazin. Je livrais les Bazin dans les services. Mais depuis que je suis revenue du Liban, je suis en train de me relancer dans le commerce.

Comment vous êtes-vous retrouvée au Liban ?

Quand je pense que j’ai forcé la main à ma famille pour y partir, j’ai honte de les regarder aujourd’hui. Pour revenir à votre question, c’est dans mon commerce du Bazin que j’ai connu un monsieur du nom de Jules. Il vendait des produits de phytothérapie et c’était l’un de mes clients. Une nuit, vers 21h, il m’a appelée sur mon portable et m’a dit qu’il voulait me voir. Et c’est là qu’il m’a informée qu’il avait créé une association avec des amis, et qu’ils s’investissaient dans une nouvelle activité qui rapporte de l’argent. Il m’expliqua alors qu’il était en contact avec des Libanais qui aidaient des filles burkinabè à avoir du boulot au Liban. Et ces Libanais souhaitaient que lui, Jules, les aide à avoir des filles. Et comme je suis une de ses connaissances, il tenait à m’informer, et si ça m’intéressait, il allait m’inscrire sur la liste des partantes. Je lui ai dit que c’était une bonne chose, mais que je voulais en savoir plus. Il m’a tout expliqué dans les moindres détails ; en tout cas je le pensais. Jules m’a dit qu’une fois au Liban, j’exercerai le travail que je voudrais.

Et quel genre de travail avez-vous exercé au Liban ?

Quand je suis arrivée au Liban, je n’ai pas eu à choisir, on a choisi pour moi et ça ne me convenait pas. Alors, j’ai manifesté le désir de revenir au Burkina, mais j’étais loin d’imaginer que ça allait être la croix et la bannière. J’ai été confiée à une dame qui est venue me chercher à l’aéroport. Arrivée chez elle, elle m’a mise dans une chambre d’à peine 3m2 où se trouvait ma couchette ainsi que la douche et les toilettes. Une heure à peine après notre arrivée, elle m’a réveillée et m’a dit qu’elle s’appelle Mouna Mémé. Je me suis présentée. Sans autre forme de procès, elle m’a intimé l’ordre de couper ma coiffure et de prendre un balai pour le nettoyage. J’ai alors compris que j’allais vivre un enfer.

Elle a tellement insisté sur ma coiffure que j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai dit que je ne pouvais pas enlever ma coiffure parce que cela m’a coûté cher et que j’y tenais. Après les cheveux, elle m’a dit d’enlever mes boucles d’oreilles et mes bagues. J’ai fini par tout enlever. Ensuite, ça été autour de mes ongles qu’elle m’a donné l’ordre de les couper. Après cela, elle m’a donné une tenue et des chaussures et elle m’a dit que c’était ma tenue de travail. J’ai voulu savoir de quel genre de travail il s’agissait. Elle m’a répondu : « C’est le nettoyage que tu es venu faire ». Elle m’a fait visiter la maison : 4 chambres 1 salon et deux balcons. Je vous l’assure le salon était aussi vaste qu’une parcelle de Ouaga.

Comment avez-vous fait pour revenir au Burkina ?

Ça été une longue histoire. Je suis asthmatique. Trois jours après mon arrivée, j’ai eu une crise. Quand l’Ivoirienne que j’étais sensée remplacer a vu ça, elle a demandé à la patronne de me libérer et de me laisser rentrer au Burkina car la maladie que je traînais ne convenait pas avec le travail. C’est là que Mouna Mémé a dit qu’il n’était pas question parce qu’elle m’avait achetée à 4 millions de FCFA et que si je tenais à repartir, il faudrait que je lui rembourse son argent. Dans le cas contraire même si je devais mourir, je travaillerais pour rembourser. Ma crise devenait grave et c’est là que la patronne a fini par appeler Nadi, celle qui m’a placée chez elle. Elles ont décidé de m’amener en clinique. A la clinique je suis tombée sur un médecin qui connaissait bien le Burkina et qui m’a aidée.

J’ai aussi fait la connaissance d’une personne dont je tais le nom pour des raisons évidentes de sécurité pour lui, qui m’a été d’un secours inestimable. Cette personne m’a conseillé de tout faire pour retourner chez moi. Elle m’a dit ceci : « Pas plus tard qu’il y a 4 jours, une Burkinabè est décédée dans une clinique, tellement elle a été maltraitée. » Avant d’ajouter :« Ta santé ne le permet pas, refuses de travailler. S’ils veulent te forcer, n’hésite pas à taper, si tu peux frapper ta patronne. Cela va alerter la police et tu seras tout de suite mise dans un avion pour le Burkina Faso. Ton billet est un aller-retour valable pour trois mois. Si tu pars avant la fin des trois mois tu seras sauvée mais après, ça va être difficile parce que tes patrons n’accepterons jamais t’acheter un billet encore moins faire tes papiers. Je te conseille de tout faire pour joindre tes parents au Burkina pour les prévenir. » J’ai suivi ses conseils.

J’ai refusé de travailler quand ça n’allait pas. Plusieurs fois ma patronne m’a intimée l’ordre de faire des choses que même ma propre mère ne me le demanderait pas ; par exemple : laver ses dessous ! Un jour, elle est allée au selle, quand elle a fini, elle m’a dit de venir délayer ses excréments avant de tirer la chasse. J’ai refusé. Devant mes refus d’exécuter certains ordres elle a fini par appeler Nadi et lui a demandé de venir me chercher parce que je refusais de travailler. C’est ainsi que je suis partie vivre chez Nadi, en attendant de voir comment les choses allaient évoluer. Nadi m’a dit que la condition pour que je rentre au pays c’est que je rembourse les frais qu’ils ont engagé pour que je vienne au Liban.

Un jour, Nadi a fait appel à Issa pour qu’il vienne me faire entendre raison. Il est arrivé et m’a négocié de repartir chez Mouna Mémé qu’ils vont tout faire pour régler mon problème. J’ai refusé. J’ai fini par comprendre que si je ne payais pas, elle ne me laissera pas partir. C’est ainsi que j’ai demandé à mon petit ami du Burkina qui a transféré 500 000FCFA à Nadi. L’argent a été transféré le lundi 27 février, et le mardi 28 février j’ai pris l’avion pour le Burkina. Je suis arrivée au Faso le mercredi 29 février à 13h.

Quel est le sens réel de votre démarche avec nous ?

Tout d’abord, je suis contente de retrouver mon pays. Ensuite, je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose pour celles qui y sont toujours. Si je suis venue vous portez ce témoignage c’est pour que votre journal en fasse échos et que nos autorités prennent conscience du drame que vivent les filles burkinabè au Liban. Moi, j’ai eu la chance de revenir, mais elles sont nombreuses là-bas qui risquent de ne pas s’en sortir. Je porte ce témoignage aussi dans l’espoir que votre écrit permettra aux Burkinabè et pourquoi pas à toute l’Afrique de comprendre qu’il y a de réels dangers pour les filles qui partent au Liban.

On nous fait miroiter de bonnes choses, mais c’est le contraire qu’on vit là-bas. Celles qui ont eu la « chance », travaillent comme bonnes mais vivent toutes sortes de traitements inhumains. Il y en a qu’on met dans le circuit de la prostitution. Il n’y a pas pire humiliation qu’on puisse faire à une femme que ça. J’espère que mon témoignage dissuadera celles qui sont tentées par cette aventure. J’espère aussi que nos autorités prendront leurs responsabilités par rapport à ce trafic d’être humains.

Frédéric ILBOUDO

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