Sur le territoire national, ils seraient plusieurs réseaux indépendants à opérer dans ce trafic. A Ouagadougou, ils seraient trois (3). Afin de boucler notre enquête avant que la police ne mette le grappin sur l’un des réseaux, il nous fallait accélérer le processus. Ainsi, nous avons fait programmer la visite médicale de ma « cousine ». A cet effet rendez-vous a été pris avec Issa pour le samedi 24 mars. Nous devrions aller dans une clinique… nous avons fini dans un commissariat de police. .

Ma « cousine » et moi devions attendre Issa et son frère à la station du côté de Larlé. Mais ce sont eux qui sont arrivés les premiers. Leur intérêt était manifestement plus grand que le nôtre pour qu’ils soient ainsi en avance. A moins que ce ne soit une stratégie pour s’assurer que nous étions bien propres. En tout cas, pendant que je cheminais vers le lieu de la rencontre, je reçois un coup de file d’Issa qui me demande ma position. J’accélère et arrive. A ma vue, il lance : « Où est votre cousine ? » J’appelle celle-ci sur son portable pour lui dire que nous étions déjà au lieu du rendez-vous et qu’il était préférable qu’elle nous rejoigne directement à la clinique. Je propose alors aux deux frères de continuer à la clinique et de l’y attendre. « Sans faute » ; me lance Issa.

Cela dit, chacun enfourche sa monture. Nous n’aurons même pas le temps de démarrer nos engins que quatre individus nous cernent de toutes parts. Sans même nous adresser la parole, deux d’entre eux retirent les clés de contact de nos engins. Ils nous somment de descendre des engins et l’un deux ordonne : « Retirez leurs téléphones, et passez-leurs les menottes ». Je n’ai pas le temps de réaliser ce qui nous arrivait, que les menottes étaient à mes poignets. Il en est de même pour mes deux « amis ». Alors que je suis seul, eux sont menottés ensemble. « Tournez-vous vers le mur et ne regardez pas la chaussée. » Nous a crié la voix qui donne les ordres. Je suis tellement abasourdi que je n’arrive même pas à dévisager qui que ce soit. « Allez-montez dans la bâchée », ordonne une autre voix. Issa s’approche de moi et me demande à voix basse : « M. Frédéric vous êtes au courant de quelque chose ? » Le temps de lui répondre, que j’entends :

« Taisez-vous là, vous n’avez plus le droit de vous parler ! C’est clair ? » Je ne sais pas par quelle acrobatie, mais je me suis retrouvé dans la bâchée où les deux autres me rejoignent. Deux des agents font monter ma moto dans la bâchée. Le chef décide de faire monter Issa dans la cabine avec lui et l’agent qui conduit. Du coup, je me retrouve menotté avec Yabou. Le chef ordonne à un de ses hommes de nous suivre avec la moto des deux frères. La voiture s’élance puis s’arrête ; le chef sort la tête et demande à Yabou où se trouve le siège de leur association : « C’est à Gounghin » ; répond celui-ci. Pendant qu’on traverse la ville, menottes aux poignets, je réalise que je viens d’être appréhendé comme un vulgaire délinquant, un de ces malfrats que je voyais souvent dans les bâchées de la police ou de la gendarmerie, menottés et encadrés par des agents ! Pour la première fois de ma vie, je goûte aux « délices » amères des menottes. Une foule de questions se bousculent dans ma tête : comment les choses vont se passer ?

Comment la police est-elle au courant de notre rendez-vous ? Comment avertir mes proches alors que je n’ai plus de téléphone ? Etc. Quinze à vingt minutes de route, puis, nous voici à quelques 300m du siège de l’association. La voiture est immobilisée à un angle mort et en plein soleil. Le chauffeur, le chef de mission, Issa et l’agent qui suivait avec la moto se rendent au siège. Le quatrième agent, lui, est resté avec nous dans la bâchée. Ainsi donc, la source policière qui m’avait confié : « qu’un réseau était sur le point d’être démantelé » avait dit vrai. Mais j’étais loin d’imaginer que la police chassait sur « mes terres » et que j’allais même être sa proie.

Sauvé par la carte de Presse

L’attente devient très longue ; elle est même interminable et pénible. La douleur au poignet est vive. Le soleil frappe de plus en plus fort. Pire, ma posture dans la voiture n’est pas enviable ; pas le moindre confort. Je transpire abondamment ; mon compagnon d’infortune, Yabou aussi. Le chauffeur réapparaît. « La pêche a été bonne ? », l’interroge l’agent resté nous surveiller. « Affirmatif » ; répond celui-ci, avant de démarrer le véhicule qui va s’immobiliser devant le siège. Là, on retrouve Issa menotté avec un autre monsieur que je n’avais jamais vu. Mais sa tête me disait quelque chose ; j’en aurai la confirmation au commissariat.

Le véhicule redémarre direction l’Est. Allons-nous au commissariat central ? En tout cas, nous prenons la direction de la place de la Nation, puis longeons l’Etat major général des armées pour piquer sur le Rond point des Nations-Unies. C’est lorsque le véhicule emprunta l’avenue Charles De Gaules, que je compris que nous avons affaire à des agents des services de Police Judiciaire de Wemtenga. Nous sommes enfin au commissariat de Wemtenga. Un service de police qui, à tord ou à raison, à mauvaise réputation à Ouaga. On lui crédite une redoutable efficacité mais aussi de ne pas faire dans la dentelle pour parvenir à ses résultats. Je me suis fais alors une raison : on est samedi et c’est le week-end, je ne sortirai certainement pas de ce endroit avant lundi. Mais au lieu de nous laisser mariner et commencer son interrogatoire un jour ouvrable, le chef de mission nous a fait installer directement dans son bureau, qui fait office de salle d’audition et procède en même temps à l’interrogatoire.

Après avoir demandé à chacun de se présenter, il récupère nos cartes nationales d’identité. Je lui remets en lieu et place ma carte de presse. Prenant celle-ci, le chef des policiers comme interloqué, me fixe des yeux puis se retournant vers Issa, lui demande : « Ce monsieur là (il m’indexe) ; il est quoi dans votre organisation ? » Et Issa de répondre : « Comme je vous l’ai dis dans le véhicule, il nous a contacté qu’il voulait faire partir sa cousine. Nous étions en train d’attendre sa cousine pour aller chez le docteur pour les visites quand vous nous avez arrêtés ». Ce que va confirmer Yabou à qui la même question sera posée. Jusque-là, l’autre homme interpellé au siège de l’association est resté silencieux. Mon intuition ne m’avait pas trompé il s’agit Jules, celui là-même, qui était allé au ministère du Travail pour, en tant que président se renseigner afin de pouvoir bien mener son activité.

Pour ce qui me concerne, mon interrogatoire ne durera que quelques cinq minutes. Après m’avoir remis ma carte de presse et mes téléphones on me demandera d’attendre au-dehors. Hors du bureau, mon premier réflexe a été d’avoir une idée sur l’heure qu’il faisait : 12h 45. Le chef me rejoint quelques minutes plus tard. « Vous, vous me devez des explications ! » lança-t-il tout sourire. « Oui chef ! » ai-je rétorqué. Je lui fais un rapide briefing de notre enquête qui me vaut de me retrouver dans ses filets. Avant de me laisser partir il me dit : « Je suis l’officier F. Si vous avez besoin de compléments d’informations pour votre article, nous sommes à votre disposition… » Tout ce que je désirais en cet instant c’était simplement, un grand verre d’eau, et surtout du silence pour refaire le fil de ma matinée. Deux semaines plus tard, j’ai voulu prendre aux mots l’officier F en me rendant au commissariat.

J’ai été reçu par le premier responsable du service, le commissaire Gérard TARBANGDO. J’ai eu la patte heureuse car mon déplacement me permettra de savoir que 14 passeports en cours de validité, trois registres de répertoires, 51 enveloppes contenant des bulletins d’examen, 57 dossiers de candidatures pour emploi ont été retrouvé au siège de l’ABLD. Deux semaines plus tard, on m’apprendra que les membres de l’association Jules et Issa ont été déférés à la maison d’arrêt de correction de Ouagadougou et que Yabou ayant été mis hors de cause a été élargi. On m’informa aussi que l’enquête suit son cours et que d’autres personnes devraient être entendues dans cette affaire..

Frédéric ILBOUDO

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