Les "non lotis", sens interdit des maires de Bobo-Dioulasso

Les "non lotis", sens interdits des maires de Bobo

Reconnu coupable d’avoir organisé une manifestation interdite, le délégué de la zone non lotie du secteur 15, Salif Nabaloum a écopé d’une peiné d’emprisonnement de 48 mois et d’une amende de 1 million et demi le mardi 10 juillet dernier. Dans le même procès, six autres manifestants ont été condamnés chacun à 24 mois d’emprisonnement chacun et à des amendes de 100 000 F CFA pour participation à une manifestation illicite sur la voie publique et des actes de vandalisme. Leurs avocats ont immédiatement interjeté appel. Dans le collimateur de la justice depuis décembre 2011 et début 2012, pour « avoir bravé une première interdiction de manifesté et pour « incitation à des coups et blessures volontaires », le vieux Nabaloum et sa bande d’empêcheurs de lotir en rond, ont bénéficié jusque là de l’état de grâce consécutif à la grave et violente crise sociale qui a secoué le pays au cours de l’année 2012. L’orage passé (nous l’espérons vivement), l’Etat reprend progressivement la main et la justice, ses droits. En attendant le jugement en appel, les peines prononcées sont à la hauteur du climat de défiance de l’autorité que les résidents des non lotis avaient instauré dans la ville de Bobo. Il faut bien le dire, le jugement de l’affaire des parcelles du secteur 15 n’a pas eu lieu comme cela a été abusivement annoncé. Car, avant de se muer en actes de vandalisme et en manifestations interdites, il s’agissait bien de la protestation de résidents des non lotis contres des maires d’arrondissement de Bobo qu’ils accusent d’avoir « transformer les besoins en parcelles de la population en un fond de commerce et de spéculations.». Les maires justement semblent être oubliés dans l’affaire! Ils constituent pourtant la pièce manquante du puzzle des parcelles qui est devenu un feuilleton digne de la série « Affaires publiques » de la télévision nationale. S’ils n’ont pas été cités dans le procès, leurs responsabilités ne sauraient être occultées cependant. Dans le cas de la ville de Sya, il faut le dire, l’histoire retiendra ce sont bien les maires qui ont activement contribué à bâtir le portrait de meneurs comme le vieux Salif Nabaloum. En campagne pour les élections législatives de 2006, certains « pécheurs en eaux troubles » sont allés jusqu’à promettre que les résidents des zones d’habitations illégales qui réussiraient à construire même un poulailler quelque part auraient droit à une parcelle. L’argument est irréaliste, voire démagogique mais dévastateur en terme d’électorat. Galvanisé par la promesse d’un lopin de terre, le non loti du secteur 15 ont porté leurs diseurs de bonnes aventures aux affaires en leur garantissant un score Stalinien aux municipales. Le contrat ne pouvait pas être respecté et ce sont les mêmes habitants qui sont devenus 5 ans plus tard, de véritables poils à gratter pour des maires dont ils ont contribué activement à élire. Comment faire comprendre à ces populations, après coup, qu’il est illusoire de vouloir donner une parcelle à chaque personne recensée dans un non lotis ? Et même leur rappelé, dans un accès subit de lucidité, que l’habitat spontané d’a aucune reconnaissance légale. C’est vraisemblablement la toile de fond de la crise de confiance entre maires et administrés à propos des lotissements, obligeant les autorités locales à se déplacer désormais sous bonne garde. Une crise particulièrement violente au secteur 15 de Bobo. Il ne faudra pas non plus occulter le rôle controversé du Mouvement citoyen de Bobo (MCB), une organisation de la société civile. Le MCB a épousé le combat des populations en s’associant à une « coordination des secteurs en lutte pour la transparence dans les opérations de lotissement ». A la lumière de certains témoignages, il aurait récolté des fonds auprès des populations pour les aider à entrer dans leur droit et n’a réussi en définitive qu’à se mettre sur le dos, les demandeurs de parcelles. A son actif, il faut noter néanmoins l’organisation d’un forum national pour une prise de conscience et une meilleure implication de tous les acteurs dans la gestion et la transparence des lotissements. Evidement certains élus hésiteront avant de remettre les pieds dans certains non lotis pour battre campagne. A l’orée des échéances électorales de décembre prochain, il est impérieux de promouvoir une certaine morale politique. Celle qui valorise et prescrit les valeurs d’intégrité, de probité, d’honnêteté, le désintéressement, à tous prétendants. Il faut à tout prix bannir les discours politique et électoralistes dont le dénouement se fera tôt ou tard dans la rue et à coups de gaz lacrymogènes. Il y va de la préservation du fragile climat social.

Mahamadi TIEGNAcamerlingue78@yahoo.fr

Le vieux Salif Nabaloum est malheureusement le seul protagoniste de cette affaire de mauvaise gestion des lotissements a aller mediter ses actes en prison

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