"PROXIMITÉ ET ÉTHIQUE PEUVENT-ELLES FAIRE BON MÉNAGE?"

Profitant du Forum "Médias et transition politique au Burkina Faso", je vous livre là une petite réflexion que j'avais menée sur la proximité et l'éthique dans les médias. Selon Daniel BOUGNOUX, trois dangers guettent les journalistes : l’urgent, l’argent et les gens. Considéré comme un métier de contact, le journalisme traverse une crise de légitimité et de crédibilité, consécutive justement aux rapports suspicieux que les journalistes entretiennent avec leurs sources. Au point de soulever des questions d’ordre éthique. Dès lors est-il possible de concilier proximité d’avec les sources et éthique journalistique sans que celle-ci n’en prenne un coup ?

D'une manière générale, les principes de l'éthique journalistique incitent le journaliste à rechercher la vérité, à vérifier ses informations et surtout à observer une indépendance vis-à-vis de ses sources. Dans la pratique, la réalité est tout autre. La proximité entraîne souvent de la connivence. Et produit du silence. Un journalisme révérencieux qui pousse les plumes à se ramollir, les micros à se taire et les caméras à s’éteindre, chaque fois que nécessaire pour servir l’ami politique, l’amant, le soutien financier, l’imam etc. du journaliste ou de son organe. Englués dans des relations d’intérêt avec leurs sources, des journalistes occultent des faits, qui pourtant devraient être rendus publics, car d’intérêt public. Justement.

La trop grande proximité des journalistes avec les sources, amène certains, à vouloir créer l'empathie pour les victimes d'une situation. Cela pose problème. Est-ce leur rôle? Quelle distance et quel recul observent-ils afin de rendre intelligibles les faits dès lors qu'ils tombent eux-mêmes dans l'émotion ?

Si les risques de connivences sont évidents, il demeure que le journaliste ne peut pas se passer de contacts, à moins de se renier lui-même. Cependant des marges de manœuvres existent. Et garder ses distances est l’une des attitudes à adopter. Le journaliste, disait Hubert Beuve-Méry, c’est le contact et la distance. Aujourd’hui plus que jamais, cette vérité tient. Installer des garde-fous étanches entre vie privée du journaliste et intérêt du public. Équilibre précaire, mais ô combien nécessaire pour la démocratie.

Quant à l’empathie manifestée par  certains journalistes avec des sources, si elle est humainement compréhensible, elle ne saurait être professionnellement et éthiquement acceptable. Car, en définitive, sauf à chatouiller l’affect du public en espérant glaner de l’audience, quelle est la valeur informative de ces voyeurismes médiatiques ? « Donner du sens aux évènements et s’interroger sur la manière dont le journaliste peut aider à mieux comprendre les problèmes contemporains, à s’orienter dans le dédale de l’actualité », pense Rémy Rieffel, c’est aussi cela la responsabilité sociale des journalistes. Et c’est à ce prix, peut-être, qu’on pourra concilier proximité et éthique. C’est également là aussi que se jouent la crédibilité et la légitimité des journalistes.

Boureima SALOUKA

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